L’Institut Français de la Mode
“La mode passe, le style reste”

4 octobre 2019
Du trac, de l’émotion mais surtout beaucoup de travail, ce vendredi 20 octobre 200 étudiants de l’Institut Français de la Mode ont donné leur toute première représentation au Bataclan ! C’est à l’écrivain et performeur Anne-James Chaton que l’on doit l’œuvre vocale spécialement créée pour l’occasion : Naissance d’une phrase. Entretien.

Dans les coulisses de Naissance d’une phrase Avec ANNE-James Chaton

D’où vous est venue l’inspiration pour « Naissance d’une phrase » ?

Le défi était de faire dialoguer plus de trente langues étrangères. Je suis donc parti du constat que la plupart des langues partagent des sonorités communes, et donc qu’en décomposant un texte en unités monosyllabiques, un anglais, un espagnol, un chinois ou un russe pouvaient s’entendre. J’ai choisi une citation attribuée à Christian Dior « La mode passe, le style reste », laquelle phrase ainsi décomposée « LA – MO – DE – PA – SE – LE – SSS – TI – LE – RE – SSS – TE » m’offrait un matériau d’écriture basé sur 10 monosyllabes. Imaginez dès lors les possibilités de variations ! Il ne me restait plus alors qu’à puiser dans les figures de styles de la poésie, l’accumulation, la répétition, la permutation, etc… pour composer une cette partition. J’ai retenu ce titre pour ce qu’il dit de ce qui se passe effectivement, une phrase est en train de naître, un groupe est en train de naître, une salle est en train de renaître.

C’était une grande première pour les étudiants, comment avez-vous réussi à faire travailler 200 élèves de concert ?

Avec l’aide d’une artiste, Marie Lambert, qui travaille régulièrement pour les metteurs en scène d’opéra. Elle m’a apporté tout son savoir-faire, notamment dans la préparation des séances de répétition et l’organisation des groupes de choristes. Par exemple, il a fallu dès le lundi matin, faire travailler certains étudiant à part, notamment ceux qui avaient une phrase en solo à dire, leur enseigner la manière de projeter leur voix. Enfin, dernière étape, agglomérer peu à peu ces unités éparses dans un même ensemble pour obtenir le chorus.
Je dois dire que les étudiants se sont rapidement appropriés la partition ! Les Espagnols ont rédigé eux-mêmes leur insert et le groupe des chinois a trouvé seul la façon dont il allait chorégraphier vocalement la description de la route de la soie.

Anne-James Chaton photographié par Anne Combaz

La veille de la représentation, vous étiez en répétition générale au Bataclan. Comment s’est déroulée cette journée ?

C’était un moment crucial pour tous les étudiants : celui où ils découvraient à la fois la scène où ils allaient se produire et l’effet de l’amplification de leur voix. Nombre d’entre eux n’étaient jamais venus au Bataclan, d’autres étaient émus de pénétrer dans cette salle. D’emblée, nous les avons plongés dans le grand bain avec une répétition générale. Ils ont pu ainsi prendre rapidement leurs repères, éprouver l’espace et le son, trouver leur voix.

Comment avez-vous réfléchi la scénographie au Bataclan ?

Le début de la pièce commence par une amplification du public qui parle dans la fosse, c’est le signal pour les étudiants de se mettre en place. Je voulais que l’auditoire soit « dans le son », et donc dans les mots, dès lors je l’ai placé dans la fosse, entouré par les étudiants sur scène et sur les deux mezzanines. Christophe Hauser, l’ingénieur du son, a créé une quadriphonie qui permettait de spatialiser les prises de paroles individuelles des étudiants. Enfin Marie Lambert a pensé une lumière jouant entre les temps de chorus et les différents inserts.

Avez-vous vous-même composé la musique ?

Non, la musique a été composée par un artiste avec lequel je travaille sur une pièce, Fabien Aléa Nicol. Je lui ai commandé une composition qui devait à la fois donner à entendre toutes ces voix et venir les soutenir, dès lors que le rythme des chorus s’accélérait. La gageure était notamment de les accompagner lors des basculements de tempos, de 40 bpm à 80 puis 120, sans aliéner la pièce à l’omniprésence d’un métronome.

Crédit : Laure Atanasyan

 

Le mot de Guillaume Leingre,
Professeur & Responsable des partenariats culturels, Programmes de Création
On se connaît depuis longtemps avec Anne-James… et d’emblée l’idée d’aboutir à une création qui prenne en compte la multiplicité des langues parlées m’est apparue pertinente. L’Institut Français de la Mode est un établissement international, il réunit des talents, il fallait donc s’en « servir ». Cette rencontre pouvait être intéressante pour les établissements concernés, les étudiants mais aussi pour Anne-James : un poète sonore n’a pas tous les jours l’opportunité de travailler avec de jeunes adultes de près de trente nationalités. Et le Bataclan : quel lieu rêvé ! En 1865, à la création de ce « café-concert » ou « théâtre-café » comme on disait, cette immense pagode située boulevard du Prince-Eugène (le bd Voltaire actuel…) s’appelait « Ba-ta-clan ». C’était déjà de la poésie sonore ! Florence Jeux a d’ailleurs accueilli ce projet im-mé-dia-te-ment.

 

Les 200 étudiants de l'IFM en représentation au Bataclan